samedi 10 janvier 2015

Dans la famille Rouart, je demande... Ernest ! (Eaux-fortes à la Galerie SR)

 
Une actualité nancéienne permet à la Galerie SR de présenter quelques eaux-fortes d’Ernest Rouart (1874-1942).


Le Martyre de saint Sébastien
Sous-bois





 
Maternité

Peintre, dessinateur et graveur, Ernest Rouart appartient à une famille aux multiples ramifications, qui conduisent notamment vers Edouard Manet, Berthe Morisot, Paul Valéry… Après de bonnes études générales, Ernest consacrera sa vie à la peinture, qui, dans son milieu, était présente partout. Il en avait beaucoup vu chez ses parents, dans l’hôtel particulier de la rue de Lisbonne, notamment des toiles des plus grands peintres impressionnistes. Il avait vu également celle de son père, Henri Rouart, peintre et collectionneur, qui sera d’ailleurs son premier professeur. Edgar Degas, ami intime de la famille, félicitera le jeune Ernest de son choix de devenir artiste. Ernest Rouart épousera Julie Manet (fille d’Eugène Manet et de Berthe Morisot), dont il aura trois enfants. Julie, peintre à ses heures, fut également l’auteur d’un Journal (Alain Baudry et Cie éditions, Paris, 2014). Dans cette famille, on ne parlait que peinture. Le reste du temps, on la pratiquait.


Degas sera son principal professeur. Il incite son élève à copier des tableaux du Louvre. Il l’encourage à se rendre en Italie. Dans sa biographie, intitulée Le Roman des Rouart (Editions Fayard, 2012), David Haziot note que Degas considérait Ernest comme son « fils spirituel ». En Italie, Ernest étudia les fresques de Giotto à Padoue, Lucas Signorelli à Orvieto, Ghirlandaio à San Gimignano, mais aussi Botticelli, Michel-Ange, Raphaël, Titien, Bellini, Carpaccio…


La Galerie SR expose plusieurs eaux-fortes d’Ernest Rouart, dont voici trois exemples. 
On observera la variété des thèmes traités. On dira aussi, avec David Haziot, qu’Ernest Rouart fit « une peinture qui restait dans les normes du monde qu’il avait connu, tournant le dos aux mouvements artistiques d’avant-garde de son temps ».


Le Martyre de saint Sébastien (eau-forte, 7,5 x 6 cm) relève de l’étude par l’artiste des peintres italiens du Quattrocento ou, plus tard, des maniéristes. La scène se situe à un moment inhabituel de l’épisode : la victime, tête baissée, attend son châtiment, le bourreau n’a pas encore fixé la corde sur l’arc. La musculature des corps, magnifiquement représentée, est plus affirmée chez le tireur que chez le saint, au corps d’éphèbe. Sur la gauche, de dos, un troisième personnage, probablement un autre archer, semble tourné vers le paysage sans se soucier de la scène qui se déroule à ses côtés.

Ernest Rouart, Le Martyre de saint Sébastien


Le Sous-bois (eau-forte, 13,5 x 10 cm), traité sans effet, montre une belle connaissance de la nature. Au premier plan, un arbre, au tronc puissant, légèrement décalé sur la droite, donne à l’épreuve toute sa force. Au fond, à gauche, d’autres arbres, plus frêles, apportent une touche de légèreté et procurent au dessin une perspective, et donc une vie, dans laquelle l’œil aime à se perdre. 

Ernest Rouart, Sous-bois


La Maternité (eau-forte, 17 x 12 cm), enfin, est l’œuvre du mouvement. Celui des plis du vêtement dans lequel la femme s’enveloppe, confortablement. Celui du fauteuil, stylisé, sur lequel elle est assise, dont les pieds ressemblent à ceux d’une chaise antique. L’artiste fait ressortir cet effet de mouvement à travers des formes rondes : têtes de la mère et de l’enfant, menotte et main qui se rejoignent. Un châle, négligemment noué sur le dessus du fauteuil, ajoute à la scène une note chic et bohème.

 
Ernest Rouart, Maternité


Si l’art pratiqué par les membres de la famille Rouart est longtemps resté confidentiel, depuis dix ans tout a changé.

En 2004, le musée de la Vie romantique, à Paris, présentait une exposition Augustin Rouart (1907-1997) qui amorça une reconnaissance justifiée. Ce bel artiste singulier eut pour oncle Ernest, et pour enfant, notamment, Jean-Marie, académicien français.

En 2012, le musée Marmottan, toujours à Paris, célébrait cette fois Henri Rouart (1833-1912). Le peintre collectionneur, ami des impressionnistes, faisait alors une entrée remarquée parmi les artistes de ce mouvement, même s’il ne fut pas, en comparaison de ses amis Morisot, Degas, Manet, Monet et Renoir, le plus révolutionnaire du groupe.

Enfin, une exposition est proposée jusqu’au 23 février 2015 par le Musée des beaux-arts de Nancy. Intitulée Les Rouart, de l’impressionnisme au réalisme magique, elle permet d’admirer à la fois des œuvres d’Henri Rouart, d’Augustin Rouart, mais aussi d’Ernest Rouart, qui attendait lui aussi sagement sa réhabilitation. C’est fait. Adrien Goetz, dans Le Figaro du 13 novembre 2014, salue cet événement dans un article intitulé « Trois Rouart sinon rien ». Sur Ernest, il dira notamment : « Il pratique une peinture rigoureuse, vécue comme une douloureuse ascèse, qui fait de lui, dans le joli jardin de sa propriété, entouré de sa famille et de ses amis, un tourmenté absolu, dont les nus dessinés révèlent la part de nuit. » Autant de qualités qui font de lui un artiste attachant.


Galerie SR
16, rue de Tocqueville
 75017 Paris
01 40 54 90 17 



1 commentaire:

  1. Une certaine tradition tardive (?) nous a habitués au traitement ambigu du "Martyre de saint Sébastien"; cette eau-forte d'Ernest Rouart a une ambiguïté à la fois savante et naïve qui la rend très intéressante.

    RépondreSupprimer