jeudi 20 avril 2017

En attendant Sougez, voyons Lotar...

 

Musée du Jeu de Paume, exposition Eli Lotar, printemps 2017


La photographie française de l’entre-deux-guerres compte un grand nombre d’artistes. Des expositions temporaires permettent, peu à peu, de mieux connaître ces personnalités, souvent fortes. Laure Albin Guillot, en 2013, au Jeu de Paume, Pierre Jahan, en 2014-2015 au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, Emile Savitry, en 2016, au musée Mendjisky, sont quelques exemples qui ont montré le talent de ces créateurs. D’autres, plus ou moins célèbres, plus ou moins exposés, peuvent espérer un jour une « renaissance ». On pense, pour les femmes, à Rogi André, Ergy Landau, Denise Bellon, Ylla, Nora Dumas, Germaine Krull, pour les hommes à André Papillon, Emeric Feher, Pierre Verger, Pierre Boucher, André Steiner, Lucien Hervé, René Zuber… sans oublier l’un des plus grands photographes du XXe siècle, Emmanuel Sougez, dont on se désespère de voir un jour une exposition, au Centre Pompidou, au Jeu de Paume, ou au musée Rodin (il fit tout un travail sur le sculpteur), par exemple. En attendant Sougez, voyons Lotar…

Exposition Eli Lotar, Musée du Jeu de Paume, Paris

Parmi les images que la galerie SR possède de certains de ces photographes précités, elle en détient une, d’Eli Lotar, que le musée du Jeu de Paume met à l’honneur du 14 février au 28 mai 2017.
Né en 1905, mort en 1969, cet artiste d’origine roumaine, également auteur de films documentaires, s’est installé à Paris à l’âge de dix-neuf ans. Vite intégré dans ce que l’on nomme l’avant-garde, il expose dès 1929 aux côtés de Germaine Krull, Man Ray et André Kertész. Ses amis sont autant ses pairs que des cinéastes, comme Joris Ivens ou Luis Buñuel, des écrivains, comme Roger Vitrac ou Antonin Arthaud, ou des artistes, comme Alberto Giacometti. Eli Lotar sera le dernier modèle du sculpteur (vers 1964-1965), le photographe laissant, de son côté, des représentations de son façonnier.  
Proche de la photographe allemande Germaine Krull, dont il fut l’apprenti, l’assistant, et le compagnon, Lotar publia dans des revues comme Arts et métiers graphiques, ou encore Vu.
Y a-t-il, comme pour Doisneau, Lartigue ou Sougez, un style Lotar, un monde Lotar, un grain Lotar ? Difficile à dire. A Paris, la photographie moderniste de Lotar eut souvent comme sujet le paysage urbain et industriel. Humaniste, engagé, c’est aussi un Paris populaire, voire misérable, qu’il représente. Parfois – c’est l’époque – il regarde du côté du Surréalisme. Il s’intéresse, enfin, à des thèmes précis, comme les abattoirs de la Villette, la Foire de Paris, les artistes du Moulin Rouge… 

Au Moulin Rouge : les Blackbirds (1929)

L’insolite, le curieux, sont également contenus dans son œuvre. La galerie SR détient une épreuve de cette veine-là. Intitulée Les Boucs, elle représente de drôles d’animaux, à l’épaisse fourrure, agiles sur des rochers pentus. Eli Lotar prit cette image en 1935, à l’occasion d’un voyage en Grèce. Un exemplaire, signé au crayon par l’artiste, appartient à la galerie, tandis qu’un autre tirage, non signé, présenté à l’exposition du Jeu de Paume, figure dans les collections du Centre Pompidou. 

Eli Lotar, Les Boucs, 1935 (collection Galerie SR)
Eli Lotar, Les Boucs, 1935 (collection Centre Pompidou)

Souvent, les photographes célèbres ont une image emblématique qui les identifie pour toujours. Celle de Lotar, que l’on peut voir immensément agrandie à l’entrée de l’exposition du Jeu de Paume, représente un homme, en manteau et chapeau, qui court, affolé par le spectacle qui se déroule derrière lui : un geyser en irruption, qui crache de la terre et de la poussière à plusieurs dizaines de mètres du sol. 

Eli Lotar, Travaux d'assèchement du Zuiderzee, 1930 
(Musée Matisse, Le Cateau-Cambrésis)

Le lieu, hormis ce cratère, est désert. Le sol est aride et plat à l’infini. L’homme seul, étrangement élégant en cet endroit, s’enfuit, redoutant d’être la proie de cette vision, qui pourrait être celle d’un rêve cauchemardesque. L’image, datée 1930, s’intitule Travaux d’assèchement du Zuiderzee. Elle peut prêter à dissertation. Elle aurait pu inspirer Hitchcock. 

 
Il est loin d’être le plus connu, peut-être pas le plus génial non plus, mais une visite au Jeu de Paume, dans le jardin des Tuileries, permet de se confronter à un regard engagé (commissaires de l’exposition Damarice Amao, Clément Chéroux et Pia Viewing, auteurs également des  textes du catalogue).

La Grande Roue, vue du Jeu de Paume





Galerie SR

16, rue de Tocqueville

75017 Paris

01 40 54 90 17




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